Le Bistrot Mémoire : un lieu de réinscription dans la cité

Présentation de l'initiative Bistrot Mémoire, qui permet l'accueil hebdomadaires de personnes atteintes par la maladie d'Alzheimer et de leurs proches pour des activités, au coeur de la cité.

Par : Noémie Jeannin, Coordinatrice Psychologue de l’Union Nationale des Bistrot Mémoire (UNBM) | Publié le : 05 Septembre 2014

Moments d’accompagnement

Un Bistrot Mémoire est une expérience d’accueil de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (ou de pathologies apparentées ayant des conséquences sur les fonctions cognitives, comportementales et sur l’humeur), ainsi que de leurs proches. Cet accueil est organisé régulièrement, souvent sur une base hebdomadaire. Il se situe dans un lieu public « non stigmatisé » inséré dans la cité, en général un café/bistrot ouvert à tous. C’est un lieu complémentaire des lieux de soin et de prise en charge des aidants et des personnes malades. Un psychologue salarié assure régulièrement l’accueil lors des rencontres. Il est indispensable au suivi, à la mise en lien des participants, au bon déroulement de ces après-midi. La présence de bénévoles formés à l’écoute renforce la qualité de cet accueil.
Les séances sont organisées dans l’après-midi en semaine. L’accueil dure environ trois heures, et les participants peuvent arriver ou repartir à tout moment. Au milieu de ce temps, il est en général prévu une intervention de courte durée, permettant de lancer le débat sur des questions variées: psychologique, médicale, droits des personnes. Il s’agit alors de lancer la discussion parmi les participants, de stimuler les échanges de vie et d’expérience, et non pas de prétendre former l’assistance. L’après-midi peut tout autant être un moment de plaisir, de détente avec chants et poésies. En dehors de ces séances, des liens spontanés se développent parfois. Certains Bistrots Mémoire ont aussi mis en place des moments d’accompagnement en petits groupes, vers des musées, des séances de cinéma, etc.
 
Depuis la création du premier Bistrot Mémoire de Rennes, le concept a été repris et les Bistrot Mémoire se sont multipliés. Ces initiatives se sont particulièrement développées dans tout l’Ouest de la France, puis dans toute la France. En 2009, l’Union Nationale des Bistrot Mémoire (UNBM) s’est créée afin de promouvoir le concept de Bistrot Mémoire, d'aider à faire émerger de nouveaux Bistrot Mémoire en France, et de mutualiser des actions communes (recherche de financement, site internet, etc.). Plus largement, l’UNBM a pour ambition de mettre en lien tous ceux qui, grâce au Bistrot Mémoire qu’ils ont mis en place, veulent participer au maintien du lien social autour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de leurs proches. Elle fédère actuellement 24 Bistrot Mémoire répartis sur l’ensemble du territoire national, dont cinq dont elle accompagne la mise en œuvre.
 

Reprendre une place au cœur de la cité

Chaque Bistrot Mémoire est issu d’un collectif partenarial regroupant des personnes et des institutions. Ce n’est pas le projet d’une seule institution: il y a obligation de regards croisés et de mutualisation des ressources et des moyens. Les Bistrot Mémoire rassemblent donc, tant dans leur création, que dans leur fonctionnement, trois expertises nécessaires pour faire avancer des réponses qui continuent de prendre en compte les « liens sociaux primaires » : celle des familles et de leur expérience au long cours, difficilement transférable mais qui témoigne des solidarités familiales et de proximité, celle des professionnels dont les compétences font avancer les réponses et l’articulation de celles-ci et celle des citoyens, bénévoles porteurs de projets promotionnels et d’un mieux vivre ensemble.
 
Le développement d’un Bistrot Mémoire implique donc la participation des bénévoles et leurs articulations avec les professionnels et les personnes aidées. Par cette implication bénévole, le Bistrot Mémoire représente un temps, un lieu, une méthode pour changer le regard sur la maladie d’Alzheimer et les comportements qui en découlent. Le bénévolat est ici envisagé comme une représentation de la société civile, au côté des professionnels, pour les personnes malades et leurs proches. Il est une réponse pour le renforcement de la citoyenneté et contribue à la lutte contre l’exclusion sociale associée aux nouveaux risques sociétaux que sont le grand âge, les démences neurodégénératives, les inégalités sociales, etc.
Le Bistrot Mémoire a donc pour mission de modifier le regard « de la société » sur la maladie et les comportements qui en découlent et de reconnaître la personne malade et sa parole : il n’y a pas de place assignée pour les aidants d’un côté, et les personnes malades de l’autre. On ne parle pas DU malade, en dehors de lui, mais chacun peut échanger sur ce qu’il vit, de difficile mais aussi d’heureux. À la clé de la déclinaison concrète de ce concept, une liberté totale quant à l’heure d’arrivée ou de départ, et de s’impliquer ou non dans les discussions ou les débats. Les participants peuvent s’informer, échanger, s’exprimer librement, recréer des liens que la maladie avait peu à peu distendus et ainsi reprendre une place au cœur de la cité.

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