Se former à l’éthique, mettre en partage l’éthique, s’engager en éthique

"Notre bonheur est d’avoir tissé des liens à travers les années et à travers les régions, et de constater que nos formations n’ont pas diplômé des « éthiciens », mais des femmes et des hommes qui ont mieux compris le sens d’un engagement concret. Ils permettent, dans leurs contextes professionnels, à chacun de s’approprier cette dignité de la réflexion, de la discussion et de la mise en commun de ces valeurs d’humanité à cultiver sans répit."

Par : Emmanuel Hirsch, Directeur de l’Espace éthique de la région Ile-de-France, professeur d’éthique médicale, université Paris-Sud /Paris-Saclay | Publié le : 24 juin 2019

Jamais l’attente et la demande éthiques n’auront été aussi fortes et présentes au cœur des pratiques en établissement ou au domicile. Les initiatives contribuant à renouer avec le sens humain du soin et de l’accompagnement se développent de toutes parts. Cette mobilisation témoigne de l’engagement remarquable de celles et ceux qui interviennent, qu’ils soient eux-mêmes affectés par la maladie ou le handicap, professionnels ou associatifs.
Une telle résolution n’est possible, tenable et constructive qu’adossée à une réflexion et à un questionnement de qualité. Il ne s’agit pas tant de « bien faire » que de mieux comprendre comment situer son action, lui conférer un sens, dans un contexte qui favorise le respect de chacun. Ce n’est pas évident, tant la complexité et les contraintes semblent limiter les possibles, et parfois même privilégier les règles organisationnelles au détriment de l’exigence de relations vraies.
Nos engagements auprès des personnes vulnérables dans la maladie ou entravées dans leur autonomie ont une signification éthique et politique au cœur de la vie démocratique. Il s’avère indispensable de bénéficier des compétences nécessaires à l’exercice de responsabilités humaines et sociales inspirées par des valeurs, des conceptions et des débats d’idées qui constituent notre patrimoine éthique.
C’est dans cette perspective que nous proposons des formations universitaires reconnues au plan national comme des références. Chaque année, celles et ceux qui suivent parmi nous leur propre parcours en éthique, témoignent du bonheur de partager des connaissances notamment en philosophie, épistémologie, anthropologie, sociologie, histoire et en économie. Pour nous, et c’est une singularité que l’on apprécie dans notre démarche, l’approche est pluridisciplinaire. L’esprit d’ouverture s’impose, cette curiosité de soin, de l’autre, du monde. Comprenons alors la transmission des savoirs en éthique comme une expérience personnelle enrichie par la convivialité des échanges.
Pour nous, l’éthique se vit et s’éprouve sur le terrain et s’approfondit dans l’étude. C’est pourquoi nous sommes à ce point respectueux des étudiants qui cheminent avec nous en DU, en master ou en doctorat. C’est avec eux que nous avons pensé nos programmes universitaires, que nous les avons fait évoluer à travers les années en tenant compte de leurs critiques. C’est avec eux, là où ils assument leurs responsabilités et exercent leurs missions, que nous contribuons à diffuser au plan national une culture de la réflexion éthique appliquée.
Qu’on ne se trompe pas. La rigueur de nos parcours universitaires est l’engagement de formations exigeantes comme il convient aujourd’hui de les proposer tant les enjeux pratiques le justifient. Nous sommes soucieux de bénéficier des compétences d’enseignants attentifs à transmettre avec passion ces savoirs pluriels dont ils savent la portée dès lors qu’ils concernent la responsabilité d’innover, de décider, d’accompagner avec pertinence et bienveillance. Mais, au-delà de notre résolution à être à la hauteur d’engagements académiques auprès de chacun de nos étudiants, il nous est précieux de constituer ainsi un réseau qui associe depuis des années celles et ceux qui sur le terrain font vivre la pensée et le questionnement éthiques. Notre bonheur est d’avoir tissé des liens à travers les années et à travers les régions, et de constater que nos formations n’ont pas diplômé des « éthiciens », mais des femmes et des hommes qui ont mieux compris le sens d’un engagement concret. Ils permettent, dans leurs contextes professionnels, à chacun de s’approprier cette dignité de la réflexion, de la discussion et de la mise en commun de ces valeurs d’humanité à cultiver sans répit. Il nous faut préserver cette inquiétude de l’éthique. Y compris, parfois, pour résister à la tentation du renoncement, de l’évitement, de la concession, de l’abandon.
Dans mes déplacements en France, à l’occasion d’échanges au sein d’instances d’éthique, de colloques ou de conférences, je retrouve fréquemment des “anciens” de l’Espace éthique. Ils ont suivi nos formations universitaires et me confient souvent ce qu’elles ont représenté dans leur parcours de vie, au-delà de l’acquisition de compétences indispensables à leurs pratiques. Ce temps de l’éthique, cette pause dans la course-poursuite d’activités sans fin qui épuisent jusqu’au plus résolus, leur apparaît comme un espace de liberté favorable à une reconquête de son intégrité personnelle.
On l’a compris. Nos formations universitaires ne visent ni à l’obtention d’un diplôme ni à l’illusion de devenir « éthicien » ou philosophe. Je pense du reste que nombre de professionnels ont davantage à enseigner aux philosophes qu’ils ne le pensent. Elles visent un objectif à la fois modeste et essentiel. Permettre à chacun d’assumer la plénitude de son engagement, d’en saisir la valeur, l’intelligence et d’être ainsi mieux reconnu dans l’exercice une mission indispensable à notre vie démocratique.
Vous serez les bienvenus à l’Espace éthique et, dès à présent*, vous pouvez vous inscrire à nos formations universitaires !
 
* Afin d’accueillir au mieux nos étudiants, le nombre d’inscrits dans chaque promotion est limité.